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Vendredi 03 Novembre 2006

Il est dans la plaine de Gribhlj un drôle de garçon, sournoisement penché vers les champs de coquelicots, il fredonne à grands cris des airs de bossa neuves comme de vieilles noces. Cet enfant de la terre est né des mains de Jean, laboureur du comté de Gribhlj-Nord, il l'a malaxé longtemps dans ses grooses mains de paysan, tel une guenon sa banane, sans le lâcher... et pourtant, il a bien fallu lui faire une place en plein milieu du champ le jour où les grandes dents des musiciens de l'air se sont décidées à venir brouter les coeurs de ces cousins du pavot, longues scies ailées, prêtes à vous carnivorer... Et l'enfant s'est donc trouvé là, planté au centre d'un coeur de terre, rouge comme la lave, et il s'est mis à baver, à se secouer en tous sens et à tirer de molles mottes de terre sur les insctes trop zélés, et le garçon est devenu en un tour le plus effrayant des épouvantails à tortues*.

*les tortues sont ces insectes gourmands de pavot et de coquelicot et qui s'ils chantent comme des anges n'en sont pas moins des monstres aux dents tranchantes à scier...

Jeudi 02 Novembre 2006
Zoé, mère de tous les Jahkarkastis.
Jeudi 02 Novembre 2006

Théo :   Dis moi Zoé, pourquoi choisis-tu de te baigner nue dans cette eau tourbeuse alors que tu évites avec soin l'eau limpide du lac?

Zoé :   Ami Théo, ne comprends-tu pas qu'une jeune fille est comme un rayon de soleil qui se garde de trop s'exposer, tapis derrière de cotonneux nuages? La tourbe non seulement est bonne pour ma peau qu'ell purifie, mais aussi elle est le meilleur des vêtements pour la jeune fille pudique que je suis !

Théo:   Je vois, cette eau chargée serait en quelque sorte une combinaison qui tel un nuage te caresserait doucement sur le temps de ton bain sans pour autant dévoiler la beauté de tes formes aux curieux de mon espèce, est-ce bien cela?

Zoé :  Dis! Théo, comme tu réfléchis vite et bien! Demain je serais à la cascade, jurons que l'eau sera si froide qu'elle ne saura me retenir longtemps. Tu pourras, si tu es leste, m'y apporter ma chemise afin que mon joli corps s'y enveloppe doucement et l'emplisse de son odeur d'étoiles humides... Et comme tu es mon ami, Théo, tu auras probablement l'occasion de voir mes rondeurs et mes fesses, elles seront pour toi le calice de tes yeux. A demain donc, cher Théo, et gageons que tu seras bien à l'heure, tremblant au pied de la cascade.

Théo :   J'y serais, et je te mordrais les fesses, promis! Et bonne nuit tendre Zoé !

Théo et Zoé sont les parents de tous les Jahkarkastis, ils sont portés chaque nuit dans un calice accompagné de fleurs d'iris et de véronique sur l'autel de la grotte des tritons par le plus petit des lutins, Garjahlul. Et chaque matin, dès l'aurore, c'est le plus grand des lutins, Fifrokhl, qui les redescend vers la rivière, où il les abandonne jusqu'au crépuscule, moment où Garjahlul revient les chercher, au pied de la cascade qui porte leur nom: Zoéthéo.

Mardi 31 Octobre 2006

Tout au long des trottoirs, des tonnes de papiers foutus, de cartons ramollis, de détritus en tous genre, jusqu'à de vieilles frites barbouillées de ketchup et collées sur le reste caillé d'un bidon de lait éventré. Aujourd'hui la colline est barbouillée de ces déchets et vomis sur toutes ses pentes le liquide ventru gonflé par les mouches qui s'y baignent. Les ouvriers ne viennent plus ramasser la boue du monde depuis des jours maintenant et l'air s'allourdit et prend une teinte pestilentielle. C'est une boîte à musique échouée dans des barbes vilaines d'algues mortes et qui ne joue plus que des atrocités de notes asphyxiées, éparses et purulentes, sèches et dense comme un pus. Les ouvriers ne se lèvent plus pour ramasser, trier tout cela, et le tout baigne dans le jus d'un monde qui se liquéfie sans entrain mais qui saigne chaque jour de plus belle. Le monde bave ses horreurs, mais il garde encore dans ce jus de plus grasses crasses encore, plaie béante mais pas encore pleinement ouverte... monde à venir.

Dimanche 29 Octobre 2006

Le feu brûlait depuis dix jours sur le Causse, il avait déjà digéré plusieurs hectares de pinèdes, descendu des versants jusqu'à la rivière d'où il n'avait même pas pris lke temps de s'breuver, préférant gravir à nouveau la montagne pour aller réchauffer quelques herbes qui pendaient encore leurs longues langues de rosée. Le feu était partout ce jour là, quand un grand éclat de rire circulaire prit une ampleur soudaine tout autour de l'aven des corbeaux. L'aven qui ne rigolait, lui, plus tout à fait, n'ayant plus que la fraîcheur de sa gorge à offrir aux nuées brûlantes alentours, et qui sentait déjà les braises dégringoler dans son long gosier vertical... Mais le rire était là, plus fort, plus marqué maintenant, et il enroulait de sa cape le nez jaune et bleu des flammes les plus hautes, il les étouffait de son roulement de ah!ah! et les flammes en pleurait et le ciel se chargea de grandes gouttes qui s'écrasèrent d'un bloc, tel une chute de lac, sur le parterre rougi du plateau déchiré, craquelé , fissuré d'avoir trop cuit ces dernières heures. Et le rire était là, encore plus présent maintenant, laissant deviner l'ombre de celui qui le générait depuis le fond du canyon, un joueur de fifre immense, taillé non dans le roc mais dans le bois, un bois noir et dur charrié par les eaux du torrent, un bois plein de noeuds et d'histoire, un bois qui gueule au rythme des marmites qu'il descend et qu'il écorche, un bois pétrifié et sans écorce, le bois du causse réhaussé de son calcaire, et dont la gueule est celle la qui se charge maintenant d'éteindre le grand feu depuis son épais rire qui secoue les longues stalactites du sous-sol indifférent aux variations thermiques. Il est beau ce rire qui s'agite comme de grosses larmes sortis de la gueule du bois qui a vraiment beaucoup bu aujourd'hui dans sa longue traversée des causses...

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