Toujours plus à gauche, la mécanique s'ouvre sans savoir, la fumée s'enfle et le chott se gonfle - trait rasoir- le liquide salin est déjà installé dans toutes les fentes de la terre, c'est très étrange, très amer aussi... mais les couleurs ne sont plus jamais délavées dans les cratères de ses yeux, de quel côté penche la terre quand les silences dégagent des apostrophes aux nuages si cotons, si cotons dans la bouche du volcan qui semble épouser, embrasser sèchement les termitières quand il se penche sur le désert... La faille s'est retournée pour contempler le rire aigü de la lave qui l'écartèle de son amour... c'est le coït de la terre.
Quadrifeuille de la page,
Explose souci en pied de verre,
Nez rond de la grève,
Circule et plonge le nénuphar,
Quand s'agite et bleuit le palan du sabot.
Vénus est à sa chair
Ce que Pimprenelle est au lit.
J’ai vu des vagues bondir sur des étoiles de mer,
De grands colosses se déchirer sur de tendres nuages,
Et derrière, sur un décor gravé au couteau,
Deux mains fondues qui se regardaient.
Sur l’Organabo, j’irai naviguer
Et je te ramènerai une brassée de neige.
Une dune et un cartilage
Des vautours et un crâne de bouc
Un soleil qui vous craquelle les ongles
Et ce sourire qui me verse en ta bouche :
Une luciole vagabonde sur les plumets de l’isabelle.
Une avant scène emplie de langues,
Rêches et toniques, paraboliques
Longues,
De petits gibbons qui pendulent leurs bras
Sur le cœur très clair d’un éclair,
Une bulle et un verre de bière,
Des grimaces sur tes cuisses
Et ce baiser de papier qui glisse :
Tes grands yeux crient en harmonium sur le matin perché d’Ispahan.
A Lahore, à Ürumqi, à Balikpapan
Comme à Banjarmasin ou à Sana
C’est le même iris d’eau qui m’assassine
C’est la même épaisseur sur tes lèvres de gamine en saignée
C’est le même goût sucré de ta langue en sanscrit sur mes dents,
Aux Kerguelen et à Lorient,
Tes yeux s’entortillent sur les vagues
Jusqu’à atteindre ce nénuphar noir
Dont les racines blondes sont un radeau
Sur le bocal de mes mots :
Pago Pago, je flotte, jusqu’au Pitcairn
En succion sur ton corps
Tes yeux s’en vont siphon
Un plongeon les accroche
Et les marine dans mes mains :
Parce que ce soir dans un sous bois, de grandes braises ventriloques attrapent la lune et la caresse dans ses fumées, je veux te boire dans mon écorce et te saisir dans la quinine
Sur un bouillon de muscarine.
Frelon titube ses ailes douces sous les sarbacanes des langues pendues,
Eclair, foudre et potences, sans les balles rebondies,
Dans les yeux de la gazelle sans cornes, dans les creux des demoiselles-licornes,
Ces libellules des jupes amères,
Batifolant naguère dans les mascarins fantômes
Du fleuve Organabo,
Lune pale sous couture, les lèvres fêlées des cigales pianotent des sons aigus,
Et les fistules perdent leurs foies dans de graves soirs d’ivresse.
Nectar au centimètre perdu,
Dans un parterre gelé
Couvert d’un ciment blotti dans le coton de ton cœur.
Virgule, sonnet mort dans les veines de l’orignal perché sous les padouks rouges
Rouges d’avoir tout vu :
Feu de brousse,
Afrique et Terre.
Son baiser était un sécateur, lui même n'était qu'un petit sénateur.


