Jah est venu un soir prendre un bain de fumée sous un grand acacia hérissé de pensées; Jah est reparti simplement par la porte d'entrée.
Il était bon ce temps réglisse durant lequel de longues et fines gazelles se dodelinaient , savoureuses, sous les manteaux duveteux des grands gorilles anoblis. Le roi crapaud a sacrifié hier dix saponaires , un bolet et sept tiges de ronces à la belle Rana qui suce désormais de la canne.
Je suis dans un joli marais
Gris comme le rose de tes lèvres
Qui bougent dans ma mémoire
Mais tu ne regardes pas dans ma main
Qui gigote dans ce tourbillon debout
De boues noires comme mes songes sans mensonges
Peur?
Je ne me fous pas de tout
Et surtout pas de toi
Mais tu regardes là
Et je te dis ci
Si nous étions amis
Amis d'une vie
D'une vie
Et dans la boue,
Rosie sous le pas de mots geysers
Amenés par le petit ru magique de ta bouche,
Ces remous m'oublieraient
Et alors tu me prendrais la main
Et je te prendrais la main
pour te dire
que j'ai tout oublié
Et
Et
Et que le bruit de maux n'existe plus qu'en beau
Ce serait nous deux
Heureux...
Simplement
J'aime
J'aimerais
Maintenant
Ma femme
Tu es
Tu serais là
Toujours
Sans que je mourre sans cesse comme un enfant
dans la boue de ma tête qui craque oblique
Dans le non repère
Et dans le je ne sais pas puisque j'ai pas 10 ans
Et que c'est pour ça qu'on mourre à 10 ans
Qu'on comprend que quand c'est clair
tes yeux sont clairs
Allume aussi
Mon petit chaton
La flamme dans des mots
Des mots qui me crient que tes yeux brillent
Et ne pourront plus jamais s'éteindre quand je frôle
Sans temps
TA douceur
Fragile
Dis moi je t'en prie je t'aime
J'ai peur
J'entends tout ce que tu me dis
Et c'est pour ça que les enfants même grandis ont peur
J'ai entendu que c'est peur quand c'est maladie d'amour
Ou d'autres
Je t'aime
Je suis
Je serais là
Dis moi que c'est ça
Alors
C'est tout pour toi
Soigne toi à travers moi
Je te livre mes yeux
Mes mots
Mon coeur déjà c'est fait, na!
Une goutte de sodium
Sur le lacet de ta langue
Entortillé
Sur la savane :
Des herbes en feu.
Une heure sur l'Adamaoua.
Un tablier d'azur
Des mouches en sachets
Effilées sur des licornes
Et filant à fendre l'air
Jusqu'à caresser mes dents :
Kribi-ville est à deux heures.
A se pencher par la fenêtre,
Des rues papillotes et parlantes
Laissent tomber et sans filet
Des notes brunes tremblotantes
Et pénétrées de jazz.
Ces mouches sont des couperets,
De grandes gazelles
Aux pattes ouvertes
Et qui déchirent
Les boules de feu de l'herbe ( bleue )
Qui fume mes lèvres.
La Rue est large comme un Soudan,
Et l'heure est délétère :
Tes cheveux sont des cratères d'acacias
Mais découvrent des poivriers
Où se mêlent des oracles
Saignés d'un ciel roux,
Canne d'où roulent sucrières, toujours les mouches :
Ces tas de braises qui ne cessent de rôtir, de gonfler et grandir
Sous l'ondée saline de mes paupières.
Des villages de terre
Des rivages, un Sahel,
Et ces mouches trapézistes
Qui composent des boucles d'air,
Du makossa mêlé de Bronx, d'"autopompe"
Sur le cerceau de la comète
De ton coeur :
Elles battent toujours ballantes fortes,
Elles se séparent
Ondulent
Tombent et sèchent,
S'enfoncent dans le sable
Pleuvent en Numidie et pleurent en Afar
Et percent le mont Fébé de cruels bruits d'ailes :
C'est l'orage.
C'est une clochette d'Armorique
Sur une musique de Kallé Pépé.
La maman passe le bac pour Gorée,
Là bas sur l autre rive
Tape la terre dans ses mangroves
Et les rizières tirent de grands sourires verts sur les grands acacias.
Albida, rêve coupé de mille feuilles
Quand le vent sèche les longs cheveux de Jafuna la chèvre.
Albida, sourire ventriloque dans l air cannibale
Qui dévore frénétique l eau cachée dans la poussière.
C est la saison qui couvre les herbes
D un crachat sec sans bave dans les barbes,
C est la saison où Yayalo pédale dans les nuages rouges
Au travers du Salo, sang zéro de janvier,
An 2000 en poulet-bicyclette.
La plaine éclate en un bruit sourd
Le poulet rivé sous les roues,
Yayalo secoue la tête sous l albida
Et décoche dans la pénombre
Un plein panier d ailes fruitées
Vers la lune qui le regarde.
L acacia rêve sous ses feuilles,
Il entend le torrent couler à Gorée.


