"Le Chat Vert", photographie remixée par DJ GaTtwo, Musée des Choses Rares et Cruelles, Jahklingstown, province du Boutofworld.
Han BanLO était un dur à cuire, il était ce genre d'homme qui n'hésitait pas à parcourir des kilomètres de routes les pieds nus, dans le simple but de tracer un chemin de l'instant. Quand son regard se retournait par dessus son épaule, seul ses talons lui rappelaient d'où il venait. Quand ses yeux portaient trop loin vers l'horizon, ses orteils lui faisaient signe et lui bottaient les fesses pour lui signifier que la vie était là, juste à l'orée de ses pas et non pas aux confins du paysage qui voulait s'offrir à lui comme un écrin. Han était un penseur, heureux de circuler dans une pensée libre, dépoussiérée des particules encombrantes du passé et non aveuglée par les rayons trop forts du futur. Han pensait chacun de ses pas comme un saphir posé sur de l'amiante, brûlants et brefs, rapides et souples, brillants et irradiants. Han était une marche au monde, il était la vie et en était plongé en plein coeur, il en sentait toutes les secousses, ne reculait devant aucun moment mais laissait derrière lui les miettes de chacun des moments précédents, si fines qu'elles se perdaient très vite dans la foulée de chaque nouveau pas posé. Han portait le présent, tout simplement mais avec la dureté de la vie, sans en fausser les accords, aussi la souffrance ne durait pas lorsqu'il la rencontrait car le pas suivant , comme une éponge penchée sur une ardoise pour en effacer les courbes crayeuses, balayait déjà les douleurs rencontrées. Han BanLO était homme et pour cela marchait.
Une petite limace bave ses couleurs sur les grosses bajoues fatiguées du tigre blanc qui s'éveille. La nuit fut longue pour ce tueur funambule de la jungle, il se souvient seulement des oreilles d'un lapin qu'il a gaiement chatouillé de ses crocs avant qu'elles ne parviennent à se camoufler dans un petit fourré d'épineux de la taille d'un trèfle. Le tigre baille et la limace continue son périple de chatouilleuse. La matinée sera bonne.
Dans une grange excentrée du petit village de Ouergla, une chatte sans nom mit au monde dans d'atroces souffrances une portée de six chatons, tous très faméliques... Affamés, dès leurs premiers cris poussés, ils se jetèrent littéralement, et ceci tour à tour, sur leur voisin de frère pour s'en nourrir, le dévorer... Il sortit de ces repas deux chaton,s désormais un peu plus poussifs qu'à l'heure de leur naissance: une chatte grise au front blanc et un terrible chat entièrement vert aux yeux mauves et aux griffes courbes... et ce fut lui qui, sans l'ombre d'une hésitation se rua sur la femelle pour l'avaler comme les ogres de l'avant Jahkarkastan le firent avec d'autres avant lui... Depuis, ce chat se promène le long des côtes du pays, cherchant dans l'errance sa fratrie défaite, et dévorant toute vie autour de lui, hésitant peu être un peu lorsqu'il salut un crabe...
Maintenant que le Gros Riton a saccagé le poulailler, et ceci de manière impromptue et très matinale, puisqu'il n'était pas trois heures sur le cadran de la comtoise du salon quand le Druide sursauta ayant entendu les pas étouffés sur la paille de l'enclos aux galinacées, maintenant donc le gros Riton peut s'enorgueillir d'un exploit de basse cour qu'il saura narrer avec moults gestes héroïques à son petit public admiratif de la toile. Bravo, petites gens, bravo pour votre grand courage, bravoure, oh! bravoure! le coq sait de quelle façon faire chanter la cour, et les ailes glissantes de la volaille effarouchée ne sont pas assez convaincantes pour freiner les ardeurs du Grotrègros Riton tralalamapoule.... Mais quel est ce récit décousu et sans sens qui nous fait basculer très vite dans du cancan bien france??? pas de sens, no sens, en faut-il d'ailleurs, toujours et par ailleurs? Et si oui, pourquoi pas non non plus?
En tout cas, Jahkar, lui, avait tout autre chemin en tête que d'aller festoyer d'une poule, fut-elle même poulette et très chouette, puisque ce matin là, alors que le Gros Riritonton Patapon s'en allait tout béat cueillir sa cocotte, à la même minute, Jahkar chaussait ses croquenots d'arpenteur et fourrait trois ou quatre capibaras dans son sac à dos, non pas pour les convertir au culte de l'herbe, mais bien pour s'en restaurer au cas où la fringale le prendrait dans l'ascension périlleuse qu'il s'apprêtait à entamer ( poil aux pieds!)... Sûr, oh! sûr, n'est-ce pas mon beââu Riton??? La Pointe Percée éjaculait déjà son sourire dans le ciel rien qu'à l'idée de recevoir les pas de ce fou de jahkarkasti dans l'épaisseur moelleuse de son manteau neigeux, cela la chatouillait de bas en haut, et ce téton tout blanc en la saison pointait d'autant le petit cône sommital qui lui servait de liaison avec le ciel, son amant givré et toujours très prompt et agité, querelleur avec tout visiteur, fut-il prince... Jahkar se heurtait donc à ce morceau de terre pentue et comptait bien aller lui mordre un peu le bout avant la tombée du jour, histoire de vérifier, une fois redescendu dans la vallée, si le beaujolais nouveau a bien, comme le grand-père Reghliz lui en a assuré avant son départ,le goût sucré de lait frrais et anisé... C'est vrai aussi que pour pèpère Reghliz c'est glouglou au yellow tous les jours et que cette petite tendance gourmande finit par fragiliser les palais, même les plus fins... mais z'enfaim, hein Riton, tout se boit ou se mange quand c'est bon, non? Voilà donc pourquoi Jahkar se tape une petite grimpe en ce jour inoubliable de novembre, un 17 je crois ( de bois ou de fer, nous verrons bien d'ailleurs ce qui l'attend au sommet de cette Pointe dite Percée.)... Et vive le vent, et vive les dents du coq qui vibre au son du clairon. Rit-on, rit-on???


