Dimanche 12 Novembre 2006

Comme une plaie ouverte et sur laquelle un vaurien aurait plaqué un tisonnier, Jahkar hurla sa naissance face à un monde vidé de toute sa substance, et ce cri s'épancha avec épaisseur pendant l'année entière de son allaitement par le vent, qui, lui, resta en place sans fléchir, vent qui lui amenait chaque jour les lambeaux de lait du monde défait le jour de son baptême de sang. Jahkar, en criant, créait le monde, par portions, petit à petit, ses convulsions s'épanchaient dans les interstices, les vides, et les comblaient de ses fureurs, de ses peurs... Cette boule, dite planète, se reconstitua, mais d'une façon décalée, tout y était sans sens, ou plutôt dans tous les sens, et jamais plus un ogre ne pu y respirer, du moins un ogre dans sa part entière, puisque Jahkar en était la moitié... Le monde naissant était un monde vidé de sens, un monde de sang et tout bien vu mêlé dans le sang. Un astre se détacha avec violence au terme de cette année criarde: la luna, qui se mit à briller et à éclairer un peu les recoins de ce monde qui se bouchait et se mettait à vivre, la luna amena la torche qui tua les derniers puits d'obscurité de la surface de la planète neuve, et elle se mit à gyrotourner autour de cette masse ovoïde qui n'était encore pas baptisée puisque le seul qui aurait alors pu le faire était Jahkar et qu'il ne connaissait pas bien, ni même rien, la langue qui y serait en usage... Il fallait une fois de plus attendre. Attendre que les rayons de la luna brûlent les cendres du globe pour les ébourrifer en pucerons et les envoyer vivre sur les restants de branches qui du coup se mettraient à revivre, caressés d'un lait animal qui titillait alors leur sève végétale, stimulant leur bâton de sexe qui pourrait percer à tout jamais les mystères de la reproduction et engendrer le restant des espèces, par cette douce magie donc que l'on nommera plus tard la Gurgondose.

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